Le pouvoir Tèt Kale a toujours affirmé qu’aucun prisonnier politique ne croupit dans les geôles de la République. Récemment, le chef de l’État l’a redit dans une interview à des journalistes du Vieux Continent. L’explication est la même à chaque fois que cette épineuse question revient sur le tapis. La justice, en toute indépendance, poursuit des personnes accusées d’incitation à la violence, de casse pendant des manifestations, qui, accessoirement, réclament le départ du président Michel Joseph Martelly.
Ce discours, bien rodé, pompé par la machine de communication officielle, ne convainc plus grand monde. La réalité est de plus en plus difficile à travestir. Et les fautes des faucons du régime n’aident pas à changer la perception de ceux qui dénoncent des emprisonnements de citoyens à cause de leurs convictions politiques.
Comme si les bourdes volaient en escadrille, c’est au juge d’instruction Lamarre Bélizaire que le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince a confié le dossier des militants politiques Byron Odigé et Rony Thimothée arrêtés pendant la manifestation du 26 octobre et accusés de casse, d’incitation à la violence.
Cette fois, certains se demandent si le doyen pourra soutenir sa thèse de distribution aléatoire des dossiers. L’avenir le dira. Mais, entre-temps, Lamarre Bélizaire, très polémique, très controversé, a de grands inculpés sur sa liste comme l’ex-président Jean-Bertrand Aristide et l’homme d’affaires Joël Vorbe de Fanmi Lavalas. D’autres personnes sont écrouées à sa demande, dont les frères Florestal. Tous clament que le magistrat est un outil aux mains du pouvoir.
Jusqu’ici, le moins que l’on puisse dire c’est que l’épouvantail Lamarre Bélizaire effraie. Il peut neutraliser. Au nom de la République, pendant l’ère Martelly, il place l’épée de Damoclès sur bien des têtes à un moment où l’opposition s’active et rend nerveux les Tèt kale. Ce mercredi, il a renvoyé en prison Rony Timothée et Byron Odigé qui n’ont pas pu être assistés par leurs avocats, Me Newton St- Juste et André Michel qui a appris qu’il est en tête sur la liste des inculpés pour casse et incitation à la violence.
On ne se fait pas de cadeau. Chacun avance ses pions sur l’échiquier en prévision des batailles à venir. Après le 12 janvier 2015, l’administration va rouler à grande vitesse sur le grand boulevard Haïti. Pas sans épines.
On glisse, attiré par le magnétisme de la connerie. Par les choix qui justifient très souvent quelques qualificatifs qu’on colle au pays : entité chaotique ingouvernable.
Roberson Alphonse
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