Comment traduire en français le titre de cette chanson de Jean-Claude Martineau interprétée par Carole Demesmin ?
« Sou chimen pèdi tan » ne peut pas se traduire par « A la recherche du temps perdu » comme dirait Proust. Ni par « la route où l’on perd son temps » comme littéralement on a envie de le traduire. La plus proche signification de « Sou chimen pèdi tan » serait : « Le parfait art de perdre son temps ». On dirait Dany Laferièrre avec son « (l’) art presque perdu de ne rien faire ».
« Sou chimen pèdi tan» de Jean-Claude Martineau est plus compliqué que cela peut paraître. Il faut écouter toute la chanson et la belle voix de Carole Demesmin à plusieurs reprises ou lire, encore et encore, le texte de Martineau pour finir par voir qu’il s’agit d’une expression idiomatique qui explique un processus lent et imparable de construction de l’échec. De l’échec haïtien.
La chanson ne date pas d’hier. Ecrite tard dans les années 70 ou tôt dans la décennie 80, Martineau y faisait déjà le diagnostic d’une société qui tourne en rond, particulièrement dans les milieux politisés de la diaspora, incapables de s’unir pour combattre le régime Duvalier.
Le temps a passé sans faire son œuvre. Trente ou quarante ans plus tard, les mots de Jean-Claude Martineau, une de nos plus belles plumes, un de ceux à qui hommage n’a pas été assez rendu, restent d’actualité.
Dans l’Haïti de cette deuxième décennie du XXIe siècle, le pouvoir et l’opposition conjuguent « comment bien perdre mon temps » avec la même intensité. Chacun fait de son mieux pour atteindre le pire en étant convaincu qu’il regarde la fin de la crise par le bon bout. Bobards et balivernes.
Dans la chanson de Martineau (traduction libre), il est dit ici et là :
« Il y a un chemin qui monte et qui descend, mais qui ne mène nulle part.
Nous marchons tous sur ce chemin et personne ne sait où il va.
Nous sommes comme des enfants qui boudent
Nous critiquons la démarche des autres
Pour ne pas voir que nous aussi nous boitons.
Nous marchons sur les traces que nos pieds ont laissées avant-hier.
Si nous savions où nous allions
Aux portes de l’arrivée aujourd’hui nous serions. »
Le drame est que, conscients de l’impasse, résignés ou heureux, nous continuons d’avancer « sou chimen pèdi tan ».
On n’a pas besoin de citer des exemples de l’actualité récente ni faire des prophéties à la Nostradamus pour convaincre qui que ce soit en Haïti que « sou chimen pèdi tan » se la nou ye.
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