Il y a exactement 11 ans, Haïti vivait ce qu’on appelait à l’époque un « vendredi noir ». C’était un vendredi comme aujourd’hui. Une manifestation d’étudiants contre le régime lavalas (Aristide 2e version) tournait au vinaigre. Des partisans du régime, « les chimères lavalas » comme ils se nommaient, ont envahi l’enceinte de la Faculté des sciences humaines et de l’Inaghei. Recteur, professeurs, étudiants, personnel administratif en sont sortis victimes. Véhicules et matériel didactique ont été incendiés ou brisés. Même si, aujourd’hui, certains contestent la version officielle des faits, une chose est sûre : ce « vendredi noir » accélérait le départ du régime. 11 ans plus tard, où en sommes-nous ? Au même carrefour avec des décors différents », pourrait-on répondre. Ceux qui défendaient l’administration d’Aristide qu’on accusait de tous les maux du monde passent dans l’autre camp. Ce vendredi 5 décembre 2014, des lavalassiens fidèles, des GNBistes déçus, des éternels opposants, des membres de l’aile dure de l’opposition, des citoyens inquiets pour leur avenir…ont foulé le macadam pour exiger le départ de l’équipe Tèt Kale du pouvoir. A la différence de 2003, ils n’ont pas été attaqués par les proches du pouvoir. 11 ans après le « vendredi noir de 2003 », Haïti reste hantée par les mêmes démons : corruption, chômage, incapacité d’organiser de bonnes élections, opposition émiettée, institutions publiques faibles et affaiblies… Les revendications des manifestants d’aujourd’hui sont-elles différentes de celles des opposants d’hier ? Le spectre de « rache manyok » se poursuit comme si nous n’avions rien appris des évènements de 2004. Pouvoir et opposition continuent avec les mêmes pratiques rétrogrades ayant servi de prétexte à l’ONU pour mettre le pays sous protectorat. Nous continuons à donner de bonnes raisons aux Nations unies pour garder leurs troupes dans le pays. 11 ans après le « vendredi noir de 2003 », nous nous posons les mêmes questions, nous vivons les mêmes inquiétudes. Les mêmes acteurs continuent de mettre l’avenir de tout un peuple en péril. Si quelque chose a changé depuis, ce n’est que la place des acteurs dans la descente aux enfers du pays. Hier, le président Michel Martelly prêtait sa voix aux manifestants anti-Aristide. Aujourd’hui, le parti Fanmi lavalas de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide appelle à la mobilisation pour chasser Michel Martelly du pouvoir. Contrairement au leader lavalas, le leader Tèt Kale peut encore sauver quelque chose. La contestation n’est pas encore générale comme ce fut le cas après le 5 décembre 2003. Certains secteurs sont encore prêts à négocier. Il est encore possible d’éviter le chaos programmé pour l’après-12 janvier 2015. A moins que le pouvoir en place ait une bonne raison pour ne pas trouver une issue à la crise préélectorale.