En soumettant le rapport de la commission au président de la République hier soir à vingt-et-une heure et quinze minutes, avec les recommandations nécessaires, les commissaires ont fait œuvre qui vaille conformément à la mission dévolue à cette entité dans cette conjoncture difficile marquée par la polarisation de la crise politique. Après avoir remis le rapport au chef de l’Etat à Kinam Hôtel, les onze commissaires, qui ont signé le rapport, ont conversé pendant près de deux heures avec Michel Martelly pour lui expliquer le bien-fondé des recommandations formulées dans le document. Les doutes du président de la République sur certaines recommandations ont été vite dissipés à l’occasion des échanges avec l’ensemble des commissaires. Au cours d’une cérémonie solennelle aujourd’hui, ce rapport sera remis officiellement au chef de l’Etat. La sortie fracassante de l’un des commissaires, Jean Gabriel Fortuné, dimanche, avait laissé planer des doutes sur une éventuelle dissension au sein de cette structure provisoire qui doit indiquer au chef de l’Etat la solution la plus crédible à adopter aux yeux de la nation. L’ancien parlementaire, qui avait souvent vendu la mèche à la Chambre haute dans les différents scandales qui avaient secoué le Sénat, n’a pas trouvé le support nécessaire au niveau de la presse pour mettre son plan à exécution. Intervenant sur différentes stations de radio lundi matin, Gabriel Fortuné ne parvenait à convaincre aucun journaliste qui l’interrogeait sur la véracité de l’acte posé dans le cadre de ce dossier. Pourquoi a-t-il agité la question de reddition de comptes pour les fonds utilisés dans le cadre de l’accord Petrocaribe ainsi que le Fonds national d’éducation ? Pourquoi devrait-il conditionner sa signature du rapport à la libération des prisonniers politiques alors qu’un consensus a été trouvé entre les commissaires sur le dossier des prisonniers politiques ? Gabriel Fortuné a fini par signer le rapport de la commission en tenant compte qu’il était sur la mauvaise voie. Les dossiers soulevés par l’ancien sénateur sont vitaux. Cependant, il n’était pas opportun de faire ce tapage médiatique sur ces dossiers qui n’ont aucun lien avec le mandat de la commission. En quoi la commission pouvait-elle déjà prévoir des gardes-fous dans la feuille de route du prochain Premier ministre ? Il faut réaliser des audits sur l’utilisation des fonds PetroCaribe. Cette Commission consultative a-t-elle la compétence pour soulever un dossier aussi complexe ? Le consensus a été trouvé sur les quatre points fondamentaux : la démission du gouvernement Lamothe ; la formation d’un nouveau Conseil électoral provisoire ; la libération de tous les prisonniers politiques et la démission d’Anel Alexis Joseph, président du Conseil supérieur du Pouvoir judiciaire. Si ces quatre recommandations sont prises en compte par le président Michel Martelly, on peut s’attendre à un dénouement de la crise politique. Le chef de l’Etat a intérêt à mettre à exécution les recommandations de la commission consultative dans les meilleurs délais ! Dès la réception du rapport, Michel Martelly devrait entreprendre les démarches nécessaires auprès des différents partis politiques de l’opposition pour trouver un consensus sur le choix d’un nouveau Premier ministre, identifier les institutions qui doivent désigner les membres d’un nouveau Conseil électoral provisoire, solliciter des autorités judiciaires la libération, dans les jours qui viennent, de tous les prisonniers politiques, et obtenir de l’opposition l’arrêt des manifestations de rue contre le pouvoir en place. Dans un deuxième temps, avant la fin de la semaine, il devrait également entrer en consultation avec les présidents des deux Chambres pour rendre opérationnelles ces décisions. En agissant ainsi, Martelly ne va-t-il pas prouver devant la nation qu’il a joué sa partition dans le dénouement de la crise ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com