Ce lundi 5 janvier s’annonçait un grand jour. Le premier jour ouvrable de l’année avait sur son agenda tellement de rendez-vous qu’on se demandait si l’année 2015 allait commencer par un coup d'Etat, un coup d'étau ou un autre coup d'épée dans l'eau.
Samedi soir, une invitation inspirée du secrétaire général du Conseil des ministres avait donné le ton. La cérémonie d’installation du Premier ministre nommé, Monsieur Evans Paul, devait se dérouler au Palais national, le lundi 5 janvier en cours, à 11 h 00 a.m., disait la note. « À l’issue de la cérémonie d’installation au Palais national, la Première ministre a.i. invitera le Premier ministre Evans Paul à la Primature afin de lui remettre charge ».
Non seulement aucun Conseil des ministres n’avait décidé de cette affaire, la Constitution et les lois de la République ne prescrivent nulle part une telle procédure pour placer un Premier ministre au timon des affaires sans passer par le Parlement.
A la dernière minute, Lucien Jura, porte-parole du président Michel Martelly, a annoncé le renvoi sine die de la cérémonie. Paul ne s’est pas transformé en Premier ministre de facto.
Dieuseul Simon Desras, président du Sénat, avouera que jusqu'à ce lundi ni lui ni le président de la Chambre des députés n'avaient été informés de la nomination d'Evans Paul au poste de Premier ministre.
Pendant le week-end, une convocation à l’extraordinaire du Corps législatif laissait croire qu’après la signature de l’accord du 29 décembre le pays allait enfin voir les parlementaires à l’œuvre. Alors que la 49e législature s’achève, nos élus sont en vacances de fait ou de mauvaise foi, depuis plusieurs années.
Sans étonner personne, cinq sénateurs du groupe des 6 et deux autres ont manqué à l’appel. En présence de 70 députés (51 suffisaient), la nation a pris acte que le quorum n’était pas atteint pour ouvrir la séance. Les parlementaires vont poursuivre au moins jusqu’à mercredi leur congé doré. Sans entrave ni raison, ils continuent de ne pas voter pour trancher dans la crise préélectorale qui nous préoccupe.
Ce lundi, à une semaine de la commémoration des 5 ans du 12 janvier 2010, aucune annonce n'est encore faite. A moins de 40 jours du carnaval, on ne sait toujours pas où se tiendront les festivités. Pour le deuil, comme pour la fête nous ne sommes pas prêts. Nous sommes déboussolés.
Toujours ce lundi, la nation a commencé à digérer l’annonce de la faible croissance de l’économie en 2014. Avec 2,8 % de croissance contre le modeste 4.5% annoncé au début de l’année, l’économie haïtienne continue d’avoir le bec dans l’eau. Et les perspectives ne sont pas bonnes pour 2015. Après trois mois, le ministère de l’Economie et des Finances prévoit déjà un budget rectificatif à la baisse.
Pour l’économiste Kesner Pharel, l’année 2015 est déjà une année perdue pour l’économie. L’incertitude politique va peser lourd et les indicateurs sont déjà passés à l’orange.
Ce lundi 5 janvier, premier jour ouvrable de l’année, le coup d'Etat n’a pas eu lieu. La croissance de l’économie, prise dans un étau, a subi un coup de frein et nous multiplions les coups d'épée dans l'eau. Si au moins quelqu’un voudrait avertir les politiciens de la présidence et du Parlement que nous serons tous perdants…
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