Le dollar s’est légèrement apprécié ces derniers jours par rapport à la devise nationale. 47,10 gourdes 47,20 gourdes est la fourchette entre laquelle s’échange chaque billet vert négocié ce lundi. Comme souvent dans les affaires de change, c’est sans doute un enchevêtrement de circonstances, de raisons, de petits faits qui, l’un entraînant l’autre, a miné la confiance dans la gourde. Haïti a depuis quelques jours un nouveau gouvernement à sa tête, mais comme ce dernier n’a encore annoncé aucune mesure ni donné d’indication sur les chemins qu’il compte emprunter, le monde des affaires reste perplexe. Sans attendre, les agents économiques ont pris les devants. La lecture de la situation économique faite par le tout nouveau ministre de l’Economie et des Finances Wilson Laleau et présentée lors de son discours d’investiture a dû déposer son pesant d’inquiétudes dans la balance. Le ministre a dressé un tableau très sombre de l’économie haïtienne et agité le spectre d’un imminent état d’urgence économique qu’il faudrait décréter. Quand on sait qu’il n’y a pas de Parlement, que personne ne pourra contrôler les modalités de cet état d’urgence économique et qu’à chaque fois qu’il y a état d’urgence depuis René Préval, il y a des dépenses sans justification ni justificatif qui s’additionnent, on peut se demander si la décote de la gourde n’est pas une simple anticipation négative devant les conséquences de cet hypothétique état d’urgence. Après les quatre cyclones de 2008, deux fois après le séisme de 2010, après le cyclone Sandy en 2012, à chaque fois, les déclarations d’état d’urgence ont permis de grands débours, peu de résultats, pas de reddition des comptes. Craint-on encore une fois que l’état d’urgence économique débouche sur une simple inondation de gourdes dans l’économie ? Dans l’histoire récente de nos déclarations d’état d’urgence, il y a aussi eu l’état d’urgence environnemental… cette déclaration n’a jamais eu de suite. Si l’état d’urgence économique devait lui ressembler, il serait à craindre plus de torts que de biens pour les finances de la nation dans cette affaire. Les problèmes de l’économie haïtienne sont très graves. Nous vivons au-dessus de nos moyens, en dysfonctionnement permanent. On ne le dira jamais assez. Plus grave, nous ne prenons pas de mesures pour y remédier, pour freiner la chute ni même pour sensibiliser la population et les acteurs économiques à la situation réelle et aux perspectives. Finalement, dans cette affaire d’état d’urgence économique, comme pour les informations concernant les entreprises cotées en Bourse, avait-on intérêt d’en parler à l’avance si rien n’est en chantier pour changer la donne ?