Sweetplim, néologisme issu de Sweet Micky (du nom du président Michel Martelly) et de K-Plim (sobriquet du premier ministre Evans Paul), a son gouvernement. Cela fait un mois, le 25 janvier, depuis qu’Evans Paul se sait sur la route pour devenir premier ministre. Un mois c’est peu quand on sait que l’ancien membre de la commission présidentielle consultative n’a pas fait campagne pour devenir chef de gouvernement. Evans Paul ne disposait pas d’appuis au Parlement. Il n’était pas membre du parti présidentiel, PHTK, ni de ses satellites. K-Plim ne menait pas de mouvement d’opposition ni d’appui à Michel Martelly. Il n’a pas décroché les clés de la Primature comme une récompense ou un trophée mérité. Un mois c’est aussi beaucoup si l’on sait qu’il ne reste que douze mois au président Michel Martelly avant la passation des pouvoirs du 7 février 2016. Un mois c’est beaucoup dans un pays perclus de problèmes. Et c’est le peu de réponses aux attentes qui révèle l’improvisation de cette aventure naissante. Le premier ministre Paul n’a pas préparé sa prise de pouvoir. Cela commence à se voir. Une visite par-ci, une rencontre, une cérémonie, une interview, un communiqué par-là, les activités du premier ministre se résument à peu de chose. Sur Twitter et Facebook, son bilan s’en ressent. Dans un autre pays on dirait que le chef du gouvernement passe son temps à inaugurer des chrysanthèmes. Le hic, les chrysanthèmes, plantes ornementales, ne poussent pas sur nos problèmes. La composition du cabinet ministériel comme les changements intervenus dans une pléiade de directions générales ne portent pas la marque du nouveau PM. Il n’y a pas dans ces décisions la trace de mesures annoncées, ni le sens d’une direction. Le nouveau premier ministre n’a pas prononcé de discours marquant. On se demande si, hors les limites de son bureau et de sa résidence officielle, il a de prise sur la réalité. L’objectif de ce gouvernement est de préparer les élections. De les réussir. De les faire inclusives et impartiales. Le président Martelly, brusquement pressé, veut des législatives en mai prochain. Mais là encore, il faut lancer déjà des signaux clairs. Quand est-ce que le Premier ministre, qui s’est présenté à l’installation du Conseil électoral, organisme indépendant, rendra-t-il visite à l’Office national d’identification (ONI) en charge de rendre disponibles les cartes électorales indispensables au processus de vote ? Quand est-ce que le gouvernement Paul fera une déclaration sur la situation explosive qui s’installe à Jacmel et dans tout le Sud-Est ? Quelle est la position du gouvernement sur la grève des professeurs ? L’appel à la trêve du ministre de l’Education nationale ne suffira pas à résoudre un problème que le pays traîne de gouvernement en gouvernement. Evans Paul va-t-il faire comme ses prédécesseurs… lese grennen et chanter les louanges de l’école gratuite? Politicien de carrière, Evans Paul sait qu’il faut boire le labouyi en passant par les bords. Peut-être qu’il prend son temps pour bien appréhender les forces et faiblesses de l’administration qu’il a reçue en héritage ou découvre-t-il que mener le serpent en classe est une chose, le forcer à s’asseoir, une autre paire de manches ?