Plusieurs partis politiques ont rejeté, hier mercredi, le projet de calendrier soumis par le Conseil électoral provisoire dans le cadre de la mise en place des mécanismes devant faciliter l’organisation des prochaines compétitions électorales. Alors que le premier tour des législatives est fixé au mois de juillet, le second tour doit coïncider avec le premier tour de la présidentielle à la date du 25 octobre 2015. Le mois de janvier 2016 est retenu pour le second tour de la présidentielle et les élections locales. L’écart de trois mois, qui sépare le premier et le second tour des législatives, plonge certains chefs de partis politiques dans le doute. Pourquoi trois mois d’écart entre les deux tours des législatives et la même durée entre les deux tours de la présidentielle ?
Depuis l’introduction du recours en contentieux électoral dans la législation de 2005, les différents Conseils électoraux ont toujours pris le soin d’écarter les deux tours de deux ou de trois mois. Dans la plupart des cas, c’est la publication définitive des résultats du premier tour qui permet de déterminer la date du second tour. Pourquoi certains chefs de partis politiques lancent-ils déjà des flèches en direction de l’institution électorale ? L’écart entre les deux tours des législatives de 2009 était de deux mois et deux jours. Le premier tour des élections de 2010 avait été organisé le 28 novembre 2010, tandis que le second tour avait été réalisé le 20 mars 2011. Trois mois et vingt jours avaient constitué l’écart entre les deux tours des élections législatives et présidentielle. Il demeure entendu que la crise engendrée par la publication des résultats du premier tour était à la base du retard dans l’organisation du second tour en mars 2011. Tenant compte des impondérables constants dans l’histoire électorale haïtienne, il n’y a pas lieu de douter déjà de la volonté de ce nouveau Conseil électoral sur la base uniquement de ce projet de calendrier.
La méfiance des partis politiques vis-à-vis de l’institution électorale s’explique en raison de l’expérience du CEP de 2010 dirigé par Gaillot Dorsinvil. Il y avait d’une part l’orientation des élections en faveur du parti au pouvoir (INITE), et d’autre part l’ingérence flagrante de certains diplomates étrangers en poste à Port-au-Prince appuyée par l’Organisation des Etats américains. Ce nouveau Conseil doit prouver tout au long du processus que les élections de cette année ne seront pas orientées en faveur des candidats du parti au pouvoir et d’aucun autre parti. Il doit également maintenir à l’écart les diplomates étrangers toujours en mal d’ingérence dans le pays de Dessalines. Les visites des diplomates à l’institution électorale et au Centre de tabulation sous prétexte de se renseigner de l’évolution du processus devraient être évitées. Les conseillers électoraux devraient décliner les invitations de se rendre à l’étranger pour aller assister à des séminaires.
Comment un conseiller électoral, qui remplit d’office la fonction de juge quand le Conseil s’érige en Bureau du Contentieux électoral national, peut-il accepter de se rendre à l’étranger dans le seul but de bénéficier de per diem ? Ce nouveau Conseil électoral, qui comporte en son sein des personnalités de valeur, doit pouvoir nettoyer les écuries de la plupart des Conseils qui ont fait la honte de l’institution électorale.
Et l'on dira qu’on a enfin trouvé un seul juste au sein de cette population de pécheurs.
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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