Pas un jour ne passe sans qu’on découvre qu’Untel est candidat, souhaite le devenir ou va se métamorphoser en candidat. Faut-il s’en plaindre ? Il est sain en démocratie, s'ils respectent les règles établies, que tous ceux qui en rêvent, le peuvent ou le souhaitent soient candidats. Personne ne peut les en empêcher. En Haïti, les règles sont simples, les partis politiques faibles et l’appétit grand pour diriger le pays. Quoi de plus normal qu’à chaque élection, par dizaines et de toute part, des candidatures emergent? Mais candidat à quoi, à quel poste, pour faire quoi, avec quels moyens, quels projets, quels appuis ? Telles sont les questions qui doivent interpeller. C’est aussi ce tamis qui devra imposer, bien vite, une hiérarchie parmi les « égaux » candidats. Dans l’averse de candidats, personne ne se dit encore candidat au Sénat, à la députation, à l’une de nos mairies ou pour devenir Casec. Les seuls candidats qui retiennent l’attention sont ceux qui rêvent les yeux ouverts du fauteuil présidentiel. Le biais est dans les deux camps. Les critiques et les aspirants sont obnubilés par le destin présidentiel. Et pourtant, les prochaines élections mettent en jeu la quasi-totalité des postes électifs de notre régime électoral. Seuls 10 élus ne sont pas concernés : les 10 sénateurs qui en ont encore pour plus de mois que le président Michel Martelly. Les élections sont un révélateur des tensions et des pulsions dans la société. C’est bien de laisser s’exprimer toutes les opinions en période électorale, c’est aussi bien de laisser sortir toutes les ambitions, tous les ambitieux, tous les égo. Ainsi, on pourra faire le décompte et le tri, sans jalousie ni moquerie de la part de ceux qui n’ont ni le courage ni l’envie de finir dans le ridicule le lendemain du vote. Il pleut des candidats et c’est tant mieux. Pour se faire une raison, imaginez le temps pas si lointain, en 1970, quand c’est dans la tête d’un seul homme que se jouait le destin de la présidence à vie en Haïti. C’était plus simple et si tragique qu’il n’y a rien à regretter de ce temps-là.