La période électorale, avec la fin des dépôts de candidatures, va ouvrir la porte au fameux carnet du Conseil électoral. Ce passage douloureux est la dernière étape à franchir par un candidat avant d’entrer en campagne.
Le temps des carnets est un moment de tension.
En 1987, après l’élimination des prétendants trop marqués par leur passé duvaliériste, la violence a fait son entrée dans l’histoire électorale de la Constitution de 1987. Les élections du 29 novembre 1987 furent noyées dans le sang d’électeurs faisant la queue devant un bureau de vote à la ruelle Vaillant.
En 1990, le carnet du Conseil électoral provisoire (CEP), encore contre des candidats pour leur flirt macoute, provoqua un coup d’Etat le 7 janvier 1991, contre le président élu le 16 décembre 1990. Jean-Bertrand Aristide n’avait même pas encore été installé au pouvoir.
Si le risque de violence a diminué au fil des ans, l’article 291 ayant épuisé son objet, à chaque fois que le Conseil électoral, pour des raisons politiques ou administratives, sort des leaders de la course électorale, il y a toujours de la tension dans l’air.
Qui ne se rappelle pas en 2010 la chanson de Wyclef Jean écrite par la superstar après qu’il eut reçu son mauvais carnet ? Wyclef déshabilla René Préval en quelques versets d’un rap rageur. Il dénonça les propositions d’arrangements et se mit du côté de Michel Martelly qui, comme lui, aurait dû être recalé n’était la mansuétude de ceux qui, à l’époque, contrôlaient le CEP de Gaillot Dorsainvil et de Pierre Louis Opont.
Cinq ans plus tard, nous ne sommes pas encore à la présidentielle, mais les carnets pour épurer la liste des candidats aux sénatoriales et aux législatives sont très attendus.
Le Conseil électoral provisoire (CEP) de Pierre Louis Opont et la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) jouent leur crédibilité, avant la présidentielle, sur cet obstacle délicat.
Le CEP devra bien évaluer que tous les candidats sont des Haïtiens d’origine qui n’ont jamais renoncé à leur nationalité, qu’il ont l’âge requis (25 ans pour les députés et 30 pour ceux qui veulent devenir sénateurs), qu’ils n’ont jamais été condamnés à des peines afflictives et infamantes pour un crime de droit commun, qu’ils ont le temps de résidence requis dans la circonscription ou le département qu’ils briguent (2 ans pour les députés, 3 pour les futurs sénateurs), qu’ils sont propriétaires ou exercent une profession ou une industrie dans le lieu de résidence et qu’ils ont obtenu décharge comme gestionnaires de fonds publics.
A cette liste d’obligations constitutionnelles s’ajoutent les obligations administratives introduites par le décret électoral. Le CEP est juge de tout. Il acceptera ou refusera des documents.
Pour un papier manquant on peut finir avec un mauvais carnet. Le CEP comme la Cour des comptes ou les chambres (inopérantes cette fois) ferment les yeux périodiquement sur des accrocs. Le jeu politique, celui des alliances ou le jeu des calculs divers jouent un grand rôle dans la détermination des uns ou des autres à couler tel candidat ou à lui donner un bon carnet de complaisance.
Cette année, la présidence (en contrôle de l’Etat), le CEP (qui a des dettes envers divers secteurs) et la Cour des comptes sont sous surveillance. Dans chaque carnet, ils ont des notes à mettre. L’avenir des élections de 2015 va se jouer sur les carnets de ce printemps.
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