Le pays, en mode élections, observe le ballet des candidats. Le cap est mis sur le « carnet », la mise à l’écart des postulants ne répondant pas aux exigences de la Constitution et du décret électoral. Les concernés retiennent leur souffle et des vieux routiers de la politique haïtienne attendent le CEP à ce premier tournant, pas nécessairement facile à négocier. Le conseil de Pierre-Louis Opont, assez tôt dans le processus, est convoqué au rendez-vous de « l’indépendance confirmée » vis-à-vis de l’exécutif, des partis politiques influents et de l’équité dans l’application des prescrits de la Constitution et du décret électoral.
La première dame de la République, indexée pour double nationalité et absence de décharge en tant que « comptable de fait » des deniers publics, un ex-sénateur chassé du Sénat pour double nationalité et d’anciens ordonnateurs… retiennent l’attention sur la liste des « candidats contestés ». Pour eux, le mot du droit devra être prononcé.
À ce titre, les jours qui viennent pourraient être passionnants au point de vue juridique. Les nuances et subtilités des dispositions constitutionnelles sur la double nationalité passionneront des férus des sciences juridiques. Et pas que ça. Plus qu’on ne le croirait, l’étape carnet peut marquer le reste du processus. Dans le bon sens, comme dans le mauvais sens.
Comme pour souligner que l’on entre de plein pied dans le chaudron électoral, le CEP devra trouver la meilleure formule pour distribuer les 500 millions de gourdes destinées au financement de la campagne électorale. Là encore, le CEP devra être inventif, sérieux. S’il est juste d’un côté de considérer comme un véritable scandale le fait que de l’argent public va financer la campagne électorale de partis politiques « valise », sans représentation, sans adhérents, en partie à cause du caractère contraignant de la loi sur les partis politiques, il ne faut pas perdre de vue que la promesse de ces 500 millions de gourdes a apaisé. Le temps des « aba Martelly », « Vle pa vle fò l ale » est loin.
Pour le moment, alors qu’on déplore dans certains milieux la « grande maladresse » du régime dans le dossier de la libération de Sonson Lafamilia, qui illustre la soumission aveugle d’éléments de l’appareil judiciaire, il est bon que les autres acteurs lancent des messages rassurants. L’engagement mou de la communauté internationale, le désengagement progressif de la Minustah, le petit flou concernant la mise à disposition et du décaissement des fonds promis pour les élections, à n’en pas douter, donnent un petit crédit à la thèse de ceux qui disent qu’il n’y aura pas d’élections. Ici, le « petit crédit » peu vite devenir autre chose, du carburant dans la machine de l’intox. Car, au second regard, personne ne gagnerait si le pays glisse dans de nouvelles aventures. Pour Haïti et pour la communauté internationale, engagée dans un processus coûteux de stabilisation d’Haïti, pays resté fragile et qui va organiser des « élections compliquées ». Il est temps de dissiper les flous, de jouer juste.
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