Depuis l’affaire Luders, la question de nationalité et des conflits qui peuvent en découler sont sensibles en Haïti. Sur ce coin de terre qui n’a vu naître aucun des Haïtiens qui ont créé cette nation, il a toujours été un challenge de déterminer qui est haïtien et qui ne l’est pas, ou de se prémunir de ceux qui veulent l’être. En campagne électorale, la question prend une autre tournure d’autant que nous avons eu des présidents réputés étrangers, Louis Borno, pour ne pas le citer. Sur la vraie nationalité d‘autres chefs d'État, on a eu des doutes. François Duvalier était-il fils et petit-fils d’Haïtiens pour l’être lui-même ou Michel Martelly a-t-il eu une autre nationalité ? Pendant la campagne électorale de 1957, Louis Déjoie, qui dit descendre de la lignée du général Geffrard, l’un des pères de l’indépendance, a dû défendre ses origines. Une chanson célèbre de Raoul Guillaume nous en est restée. Par intérêt ou pour semer le trouble, la nationalité est un ferment parfait. C’était le cas hier, cela l’est devenu plus encore de nos jours. Depuis plus d’un siècle, les Haïtiens partent, émigrent, se mélangent, s’établissent ailleurs et prennent pour eux, pour leurs enfants, par intérêt, calcul ou de façon raisonnée, la nationalité des pays d’accueil. En 2015, les élites haïtiennes comme la classe moyenne et de plus en plus de membres de la classe défavorisée n’ont plus?,? que sur les doigts d’une main?,? des enfants Haïtiens, nés en ?H?aïti. Quand ils brillent, quelque soit les faits, ils sont haïtiens et ceux qui ont restés au pays les revendiquent, quand ils s’approchent de trop près d’un bien ou d’une position qui tient à cœur au pays, on les chasse en dressant devant eux l’épouvantail de la nationalité, du temps de résidence ou autre prétexte. Aujourd’hui, en 2015, dans cet imbroglio sur les nationalités, ravivé par la période électorale, personne ne peut en Haïti, dans l’administration haïtienne, déterminer qui est américain, canadien, brésilien, dominicain, afghan ou autre et qui ne l’est pas. Seules les autorités des pays concernés peuvent déterminer qui sont leurs citoyens. Ces pays cependant ne se prononcent pas sur le sujet en respect des lois de leurs pays. Ils sont rarement invités à le faire ou ils se taisent par calcul. Voilà que les passeports, les visas, les documents ne prouvent rien si on ne connaît pas sur le bout des doigts les lois, us et coutumes de chaque pays concerné. En Haïti, on ne peut se mettre d’accord pour savoir qui est haïtien et quand on cesse de l’être, on ne s’entend pas sur la Constitution en vigueur, ni sur les lois applicables en la matière, on ne traite pas le dossier de la nationalité quand les passions sont calmes, on l’attise à chaque fois qu’il y a des élections et on pense s’en sortir sans casse, sans renforcer notre dépendance… c’est une utopie de plus. Pour déterminer qui est haïtien, une simple déclaration sur l’honneur devrait suffire. Mais l’honneur est une denrée rare. Tout le reste n'est que mensonge, hypocrisie, parjure. Quelle horreur quand une nation se dilue et que l’Etat s’évapore !