Le président François Hollande a conclu mardi sa visite officielle de quelques heures en Haïti en charmant ses invités du Karibe lors du déjeuner d'adieu. Le président français, entraîné par son hôte Michel Martelly, a chanté. Du Gilbert Bécaud. Et maintenant... Le titre de la chanson dit tout. Et maintenant? Après les attentes créées par le discours de dimanche en Guadeloupe et la liste de promesses égrenée au Champ de Mars à la face de Toussaint Louverture et d'Haïti tout entière, que faire? D'abord, il faut se dire que oui, oui, c'est bien la même personne qui a déclenché les enthousiasmes du monde entier dimanche qui a douché nos attentes obèses ce mardi. Hollande a ramené sur terre toutes les Pierrette qui faisaient des plans sur les milliards de la dette. Il nous a cité la phrase la plus célèbre de Toussaint, a dit deux mots en créole pour emballer son inventaire à la Prévert et est passé à pieds joints sur le reste. Pour parfaire le tableau, dans l'échange de discours comme lors du point de presse, le premier des Français a fait ressortir qu'il ne répondait qu'aux demandes haïtiennes. Hollande, de ce point de vue, a tout donné. Tout ce que Michel Martelly a sollicité a été accordé. Pas plus, pas moins. Les fins observateurs se diront peut-être que ces deux chefs d'Etat se sont vus et revus, trois fois en visite officielle ou de travail, sans faire avancer le dossier des relations entre les deux pays, pas plus loin en tout cas que le stade des promesses. C'est sans doute parce qu’ils aiment prendre leur temps, adorent donner du temps au temps. Trois rencontres et aucune signature d'un accord-cadre entre les deux États. Rien que les contours d'une coopération exemplaire à venir. La grande annonce du jour est que la France interviendra dans l'éducation. De la dernière visite de Michel Martelly à Paris en novembre dernier au discours du Champ de Mars, on a pu apprendre le nom de quelques institutions qui seront renforcées. Rien de plus. Le système éducatif haïtien est si faible et si fragilisé depuis qu'il se fait prendre à la hussarde par les milliards des 5 "e" qu'on ne voit pas bien ce que la France peut rapidement renforcer. Quant à l'annonce de la construction d'un nouvel institut français, c'est la troisième tentative d'annonce d'une nouvelle adresse et de gros moyens. Bicentenaire, Champ de Mars et maintenant sur les ruines de l'ancien Manoir des lauriers, on se demande si l'Institut, ce vaisseau amiral de la France en Haïti, ne finira pas par atterrir un jour à Kenskoff... La France et Haïti n'avaient pas de contentieux ouvert sur la dette, Monsieur Hollande a passé sa brosse à promesses sur les cicatrices de notre passé. Il nous a fait saliver. Et le voilà reparti en nous laissant, sans grand étonnement, insatisfaits. Et maintenant? Que faire? D'abord se dire que le temps de la manne tombée du ciel est révolu. Qu'aucun débiteur ne se présentera à notre porte, comme nous adorons en rêver, pour nous annoncer que les fruits de la dette sont servis. Il nous reste à construire et à renforcer la relation et la coopération haïtianno-française en nous disant que les politiques de tout bord et des deux parties de l'océan n'ont jamais dans l'histoire de nos deux pays écrit à l'avance ce que serait le devenir de nos deux peuples. Ce mardi, on aurait pu nous vendre du rêve, nous avons eu droit à une liste d’épicerie pour aller au petit marché des promesses. Et maintenant… Retroussons-nous les manches pour ne pas tout rater, encore une fois.