Un artiste entre à l’Académie française, un autre se fait assassiner en rentrant chez lui. Paris et le bas de Delmas sont si proches. L’un, l’écrivain, avait compris qu’il lui fallait partir, l’autre, le musicien, s’entêtait à rester au pays. Mis à part de faire la une du Nouvelliste la même semaine, il n’y a pas grand point commun entre Dany Laferrière et Coupé Cloué Jr. Coupé Cloué Jr, Jean Gesner Henry Jr, portait comme une enseigne la réputation de son père. Il a magnifié jusqu’au bout l’œuvre de celui qui demeure l’un des plus grands troubadours haïtiens. Coupé Cloué, le chanteur-musicien, Languichatte, le comédien, Maurice Sixto, le compteur, nous n’avons pas mieux pour décrire les Haïtiens que nous sommes, ni pour camper notre société dans sa matrice. Que tout ce qui se passe cette semaine nous le rappelle ! Que ce qui se passe cette semaine nous crache aussi au visage la pauvreté de notre sens de la reconnaissance! Dany entre à l’Académie française ? Oui, il y entre. Et Alors ? Où mettons-nous, nous, nos gloires ? Quel piédestal leur offrons-nous ? Ah ! Qu’il est triste ce communiqué officiel qui félicite Dany! Ah ! Qu’il est triste ce silence après la mort de Coupé Cloué Jr! Ici, nous aimons nos artistes, nos créateurs, nos athlètes, nos sommités. Nous aimons les voir briller. Reconnus par les étrangers. Nous sommes toujours prêts à nous habiller de leur succès, à rire de leur déboire, à pleurer leur mort. Mais nous ne sommes bons qu’à ça. A resquiller. Pas à aimer, ni à valoriser, ni à honorer. Dany entre à l’Académie, Coupé Cloué Jr est tué.