Les écrivains haïtiens continuent de se frayer un chemin dans le petit univers de la reconnaissance. Lyonel Trouillot, l’un des tout premiers de sa génération à avoir, à partir d’Haïti, poussé la porte des maisons d’édition étrangères, entre dans le dictionnaire Le Larousse en cette année des 160 ans de l’utile ouvrage.
Oui, dans le gros dictionnaire que vous appréciez tant, il n’y a pas que des mots (80 000), des verbes conjugués à tous les temps et à tous les modes et des morts illustres. Trouillot est dans Le grand Larousse illustré et dans Le petit Larousse illustré, vous ne pouvez pas le manquer.
En compagnie d’une cinquantaine de personnalités, dont Bamksy, tagueur britannique, Régine Desforges, romancière française, Novak Djokovic, tennisman serbe, Michel Jonasz, musicien français, Linda Lemay, chanteuse canadienne, Bernard-Henri Lévy, philosophe français, Yousafzai Malala, Pakistanaise, prix Nobel de la paix 2014, Lyonel Trouillot est dans la cuvée 2016 du fameux dictionnaire.
L’auteur de « La belle amour humaine » rejoint dans les pages glacées de la version papier d’autres compatriotes qui ont marqué, ou marquent encore, de leur empreinte, l’histoire de l’humanité.
Quel long chemin parcouru entre le prix Renaudot de René Depestre en 1988 pour son roman « Hadriana dans tous mes rêves » et le prix Femina 2014 pour « Bain de lune », de Yanick Lahens. Dany Laferrière est à l’Académie française et Lyonel Trouillot dans Le Larousse.
Toute cette multitude de bonnes nouvelles que nous apporte le monde des lettres aurait réjoui Georges Anglade.
Quelques semaines avant de mourir sous les décombres de la résidence de l’économiste Philippe Rouzier (penseur qui nous a laissé « En deux ans, comme en deux siècles »), dans une conférence à l’Institut français, Anglade, qui ne manquait jamais de réfléchir et de problématiser toutes les situations, a expliqué fin 2009 que le temps est venu pour nos écrivains d’exploser sur la scène internationale.
« Ils vont rafler des prix », pronostiquait-il, le 15 décembre 2009. Le géographe se basait sur la masse de talents et le nombre de ceux et de celles qui portaient les couleurs des lettres haïtiennes dans le monde.
Anglade a même écrit un livre «Les secrets du dynamisme littéraire haïtien contemporain», pour expliciter son propos. C’est pour présenter cet ouvrage qu’il était en Haïti, début janvier 2010 pour participer à Etonnants Voyageurs, la suite c’est le séisme, sa mort, mais c’est surtout, cela lui aurait tellement fait plaisir de voir qu’il avait raison, les prix et les distinctions à la pelle pour nos auteurs.
Que Livres en folie, qui aura lieu cette semaine, continue de nourrir l’espoir que demain est encore porteur de créations et de récompenses. Que les auteurs en devenir sachent que l’inspiration et le travail vont de pair.
Avant la fête, il faut faire suer sa plume.
Anglade, Rouzier, Trouillot, Laferrière, Lahens, Depestre et les plus grands l’avaient tous compris.
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