Comme des anges exterminateurs, les membres du Conseil électoral chevauchent leur bon droit. Ils tranchent, retranchent à leur guise. Ils vont par monts et par vaux vérifier les bulletins à Dubaï ou dans les médias proférer menaces et prédictions. Ils agissent sans suivre aucun calendrier ni aucun précédent hérité des élections passées. Ils frappent indistinctement les gros candidats comme les petits, les sans appui comme ceux qui disposent de toutes sortes de bois autour de leur bananier. Le Conseil électoral, version 2015, est sourd et aveugle. Il poursuit son destin comme les rois mages en Galilée. Il ne manque que Sheila pour chanter sa gloire alors que des nuages s’amoncellent autour de son trône. Tout serait parfait dans le meilleur des mondes, si tenir des élections n’était pas un délicat édifice, un ensemble d’équilibre précaire, un château de cartes qu’il faut manipuler avec le plus grand soin pour que tout ne s’écroule. Ces dernières heures, un membre du CEP a déclaré ignorer les limites du pouvoir du PNUD, allié de l’institution électorale depuis plus de dix ans. C’est à se demander si ce conseiller ne savait pas dans quelle auberge il courbait le dos pour entrer… Dans un article publié dans cette édition, le vice-président de l’institution électorale a révélé que le CEP documente actuellement le cas d’un « candidat » qui a soumis un faux titre de propriété parmi les pièces soumises lors de son inscription. Quand on connaît les arcanes des affaires foncières en Haïti, on se demande de quelle expertise dispose le CEP pour détecter un faux titre de propriété. Combien de temps le CEP a investi pour expertiser tous les titres de propriété qui lui ont été soumis ? Et si le Conseil électoral a fait un tri sélectif, sous quelle base a-t-il choisi d’expertiser tel titre et pas un autre ? Un autre membre du CEP a sorti la perle du jour. «Le décret électoral donne la possibilité au CEP d’écarter un candidat même s’il est élu», a souligné, Me Jaccéus Joseph. Selon le conseiller électoral, le décret électoral sera appliqué quand bien même un candidat à la présidence serait élu. S’il s’avère qu’il avait menti au CEP, il sera destitué», a-t-il avancé. «Quelqu’un qui va diriger le pays doit être honnête… », a-t-il poursuivi. Le conseiller se base sur l'article 95 qui stipule : « Une fausse déclaration par un candidat entraîne de plein droit l’annulation de sa candidature, selon les procédures établies aux articles de la section D du présent chapitre. Lorsque cette fausse déclaration a été constatée et vérifiée après l’élection du candidat, le Conseil électoral provisoire en est saisi par requête, en vue d’un nouvel examen du dossier dudit candidat, aux fins de droit, sans préjudice des poursuites pénales à encourir. » Quand on sait que le Conseil électoral permanent n’existe pas encore et que les CEP provisoires sont débandés après chaque élection, on se demande si Me Jaccéus Joseph ne rêve pas en couleur. On attend de ce CEP qu’il fasse son travail en ayant la loi pour boussole. Pas plus. Pas de plans sur la comète, ni de se croire à vie. Les membres du CEP sont pleins de leur pouvoir. Ils sont aux anges. Certains y voient le signe d’une certaine béatitude comme celle que connaissent les saints avant de retourner trouver leur créateur. Beaucoup se posent la question de savoir si ce CEP, dans sa composition actuelle et son état d’esprit, réalisera les prochaines élections.