Une grande banque de la place offrait ses dollars à 56 gourdes l’unité, ce jeudi. Il ne fallait pas en vouloir plus de dix mille. Au-delà de ce montant, il est recommandé de prendre contact avec le service de change de la banque où chaque client a son taux, selon la fréquence de ses achats et les montants requis.
Des transactions se sont conclues à 57 gourdes et des poussières, ce jeudi. Et la tendance est à la hausse.
Cette situation est similaire dans toutes les institutions financières de la place. C’est aussi le cas chez les grands négociants du change, ceux qui, sans enseigne ni pancarte, achètent et vendent le billet vert au gré de ce qui est disponible sur le marché.
Si le commun des mortels cherche à vendre ou à acheter entre 20 et 2000 dollars pour honorer une petite facture ou payer une traite, les gros acteurs cherchent, bons ou mauvais mois, entre trois cents et cinq cent millions de dollars. Les vendeurs écoulent les transferts de la diaspora, ceux de l’aide externe (toutes formes confondues) et une partie des huit cent millions de dollars, fruits des exportations haïtiennes.
Il n’est pas sorcier de constater que la pression est constante sur le stock de devises disponibles, particulièrement ces derniers mois.
Ces cinq dernières années, Haïti, pays pauvre et traditionnellement assisté, s’est installée dans un modèle de consommation, de dépenses et d’excès qui ne sont plus tenables. La déconnexion de l’aide massive de l’après 12 janvier, le tarissement des fonds de PetroCaribe, l’appétit pour les déficits budgétaires d’un gouvernement en année électorale et les nuages qui s’accumulent au-dessus de nos relations avec notre premier partenaire économique (la République dominicaine) ont fini par avoir une facture : le taux de change.
Dola a ap vale teren e goud la pa gen bon motè.
Pour stopper nos envies de dollars, la Banque de la République d’Haïti (BRH) fait feu de tout bois pour assécher le réservoir de gourdes des banques, couper tous les robinets du crédit et forcer les acteurs à revoir leurs plans. Ces actions mécaniques demandent du temps pour donner des résultats. Personne ne sait qui du social ou de l’économique aura le pas sur l’autre.
Un dollar qui tend vers 60 gourdes va obliger une hausse générale des prix et tout ce que cela implique. Est-ce soutenable en cette année électorale ?
Allons-nous vers le krach économique ou le clash politico-social ?
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