Les élections du 9 août sont en train de passer d’un problème à l’autre. Le jour du vote, il n’y avait pas grand monde dans les rues. Le constat était simple. Port-au-Prince en particulier, la région métropolitaine en général, avaient le visage des jours vides. Peu de gens avaient fait le déplacement. Dans le reste du pays, la situation était sensiblement meilleure. Le Conseil électoral comme les observateurs étrangers et nationaux ont tout fait pour ne pas parler de taux de participation jusqu’au jour où, sorti d’une boîte à surprise, le Conseil électoral consent à dire au pays que, selon ses calculs, 18% du corps électoral avait pris part au vote. Depuis la publication des résultats, les élections connaissent le problème inverse, après le faible taux de participation, on se retrouve avec un trop-plein de votants. Il n’a pas fallu longtemps aux observateurs attentifs pour se rendre compte que les statistiques du Conseil électoral sont bancales. Il y a beaucoup plus de gens à avoir voté pour les sénateurs que pour les députés. Pourquoi ? Pourquoi beaucoup de votants dans les Nippes et presque autant dans le Sud-Est auraient décidé de voter seulement pour les sénateurs ? Comment le Conseil électoral va-t-il expliquer que, dans tous les départements du pays, les électeurs ont plus voté pour les sénateurs ? L’écart est significatif pour tout le pays avec les mêmes votants, dans les mêmes bureaux, le même jour. Ce détail est inexplicable quand on sait que les gens votent d’abord pour le député qu’ils ont la chance de connaître dans leur circonscription avant de voter pour le sénateur qui, souvent, est connu dans une partie d’un département, sauf exception notable de certaines figures qui ont un rayonnement national ou départemental. Savoir qui a voté pour les sénateurs n’est pas un détail anodin quand on sait que le taux de participation peut vous faire gagner au premier tour. Le Conseil électoral a-t-il pris en compte le fait que chaque électeur vote pour deux sénateurs pour augmenter le nombre des votants ? Certains se posent la question et le CEP se mure dans un silence embarrassant. Une élection est un vote suivi d'un décompte. Un faux chiffre et tout s’écroule. Si on se trompe dans les chiffres, on se trompe sur tout le reste dans une élection. Les statistiques ne sont pas une affaire de croyance. Les chiffres parlent d’eux-mêmes quand les responsables qui les ont manipulés et publiés se taisent.