Il est de ces communiqués de l’ambassade américaine qui tombent comme des coups de tonnerre dans un ciel serein.
Le communiqué publié quelques minutes après la proclamation des résultats du premier tour de l’élection présidentielle de 2010 est passé à l’histoire. En mettant en doute le classement du CEP de Gaillot Dorsainvil et de Pierre-Louis Opont, les Américains allaient faciliter la conquête du pouvoir à Michel Martelly.
Il y a aussi les fameux communiqués sur le taux de change. En devançant la perte de valeur de la gourde face au dollar au prétexte de fixer le prix des services de son consulat, les Américains, en deux occasions, ont provoqué des anticipations des agents économiques. La gourde en a souffert.
Le dernier communiqué célèbre est celui du 26 août 2015. L’ambassade nous annonce : « Le gouvernement des Etats-Unis est très heureux de constater que les officiels de haut rang du gouvernement haïtien aient publié une déclaration garantissant la sécurité de tous les camions arrivant de la République dominicaine ».
« La Police nationale d’Haïti (PNH) a dépêché des troupes spéciales en vue de garantir un couloir de sécurité pour faciliter la livraison des articles nécessaires au fonctionnement du Parc industriel de Caracol», poursuivait le communiqué.
L’ambassade prit soin de rappeler que « des milliers de personnes pourraient perdre leur emploi si cette situation n’est pas résolue dans l’immédiat… ».
Quelques minutes plus tard, arrivait dans les boîtes mails la fameuse déclaration des autorités haïtiennes sur le blocage à la frontière entre les deux pays.
Grande fut la surprise de constater ce jeudi que les Américains avaient parlé trop vite. Ce jeudi, la frontière, au niveau de Malpasse, était encore bloquée.
Ce 27 août, le Groupe d'appui aux rapatriés et refugiés (GARR), dans son communiqué à lui, indique: « La frontière de Jimani/Malpasse a été une nouvelle fois paralysée, ce jeudi 28 août 2015, jour de marché frontalier. Le Syndicat de transport haïtiano-dominicain (Syn-Trans-Hai-DO) a lancé un mouvement de grève pacifique en vue de réclamer une dizaine de camions appartenant aux Haïtiens. Ces véhicules auraient été confisqués par la Fédération nationale des transporteurs dominicains (FENATRADO), le samedi 22 août écoulé à Elias Piña, République dominicaine. »
Selon le président du Syn-Trans-Hai-Do, Jean Sanet Nelson, cité par le Garr, ce mouvement de grève prendra fin jusqu’à la satisfaction des revendications des chauffeurs haïtiens. L’intégration des représentants du syndicat haïtien dans les négociations avec la Fédération nationale des transporteurs dominicains (FENATRADO) et la livraison des produits dominicains dans les villes haïtiennes font partie des principales revendications.
Les syndicalistes haïtiens critiquent le fait que le gouvernent haïtien soit le seul négociateur avec le syndicat dominicain. Selon eux, le syndicat dominicain ne permet aux transporteurs haïtiens de livrer des produits qu’à la frontière de Jimani. Pourtant les chauffeurs dominicains circulent comme ils veulent dans les villes haïtiennes pour transporter les marchandises, précise l’organisme des droits humains.
Le GARR appelle une fois de plus les autorités haïtiennes et dominicaines à s’asseoir de toute urgence en vue de résoudre ces conflits en passe de s’empirer.
Cela va faire un mois que la crise à la frontière perdure. Cela fait des mois que la crise migratoire prend forme. Cela fait des années que le déséquilibre dans les échanges économiques et humains entre les deux pays s’accentue. A quand d’autres communiqués pour aborder les vrais problèmes entre Haïti et la République dominicaine ?
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