La Police nationale d’Haïti ne pouvait pas, lundi après-midi, divulguer le bilan de l’accident de voiture des suites duquel deux journalistes sont morts dimanche. Le juge de paix arrivé sur les lieux avait constaté la présence d’un cadavre et avait ouï-dire qu’une autre personne était décédée à l’hôpital. Personne n’avait parlé des victimes de l’autre voiture. N’était la mort de nos confrères, le drame de dimanche aurait rejoint la liste des non-lieux.
Des photos prises sur le vif par des témoins et publiées sur Facebook sont venues apporter un autre éclairage sur l’accident. On y voit la voiture des journalistes renversée, les manœuvres pour sortir les blessés, des corps étendus sur l’allée menant à la plage de Soleil Antillais. Au décompte, il y a au moins quatre morts sur les photos, retirées depuis de Facebook.
Le Nouvelliste a appris que l’une des victimes est un jeune Haïtien qui étudiait en République dominicaine. De passage en Haïti pour renouveler son passeport, il s’était rendu à la mer avec des amis. Il n’en n’est pas rentré vivant. Une jeune fille était parmi les victimes. Nous sommes sans nouvelle des deux autres personnes, passagers du véhicule entré en collision avec celui des journalistes, parties blessées des lieux de l’accident.
Depuis quelque temps, il y a un vrai black-out sur certains drames en Haïti. Le ministère de la Santé publique et de la Population cadenasse depuis quelques mois l’accès à la morgue de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti. Il devient de plus en plus difficile de recouper des rumeurs, de vérifier des informations. La police ne communique pas sur les morts qui ne sont pas des personnalités connues. S’ils n’ont pas un grand écho dans la presse, les accidents passent comme une lettre à la poste.
Pour preuve, le samedi 1er août, six personnes, dont Jimmy Marcellus, père d’un bébé de deux mois, meurent dans un accident de la circulation à Pèlerin 2. Personne n’en a parlé. La police, les services de secours, rien. Le camion-remorque et la petite SUV, broyée à flanc de morne sur cet axe Kenscoff-Pétion-Ville très fréquenté, étaient encore visibles dimanche sur le bord de la route. Mais l’accident n’a eu d’existence que dans Le Nouvelliste.
De janvier 2015 à mi-août, le service de la circulation a dénombré 2 384 accidents et a recensé 116 morts. Ces statistiques, citées dans l’article de Roberson Alphonse, « Mourir sans dire au revoir à son bébé », paru le 19 août, avaient paru très faibles. On comprend maintenant pourquoi. Il y a des cas de morts et d’accidents qui ne sont pas répertoriés.
Après le passage de la tempête tropicale Erika, le bilan officiel ne parle que de blessés. Pourtant sur des photos de la zone de Carriès, un cadavre était bien visible ainsi que des dégâts. Y a-t-il eu d’autres pertes en vie humaine à la suite d'Erika ?
Quelle est la nouvelle politique des autorités sur la communication de crise ? Sur les accidents de la route ? Sur les faits divers qui endeuillent les familles ? Préserve-t-on l’image d’Haïti ? Cache-t-on les défaillances des services de prévention et de secours ? Banalise-t-on certains drames ?
Faire le black-out est-il la bonne solution ?
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