Les débats à la radio et les murs colonisés par les affiches ne laissent pas de doute, il se passe quelque chose d’inhabituel dans le pays. Même ceux qui doutent du Conseil électoral, ceux qui mettent en question le bien-fondé d’aller voter, ceux qui sont révulsés devant les finalités de la démocratie représentative, et même ceux qui sont convaincus de l’inutilité de choisir sont pris au piège. Partout, on ne parle que de ça : des élections à venir. Les jours meurent, les uns après les autres. L’échéance se rapproche. Nous sommes en plein dans une campagne électorale. Entre les rumeurs et les bruits de couloirs, il y a deux éléments qui font défaut à la majorité des candidats : leur programme et la composition de leur équipe. Quelles sont leurs promesses ? Où est leur liste d’épicerie? Rares sont ceux qui vous la présentent. Pour le moment, on ne sait pas qui s’attache à quoi à défaut de savoir quelle est la direction que chaque candidat veut faire prendre au pays sur des sujets précis. On ne sait pas non plus qui compose les équipes des candidats. Quel économiste, quel agronome, quel ingénieur, quel médecin, quel planificateur, quel fiscaliste, quel urbaniste, quel militaire, quel policier, quel diplomate, quel vagabond est dans quel camp ? Difficile de le deviner, tant personne ne s’affiche clairement. Pour le moment. Si les compagnons de route de la première heure des leaders ne sont pas encore connus, ne pensez pas qu’à un mois de l’élection, on peut deviner le choix des candidats sur le gouvernement économique choisi, sur l’orientation de l’agriculture préférée, sur la fiscalité retenue, sur l’appareil sécuritaire désiré, sur le schéma des infrastructures favorisé, sur la vision de la santé publique préconisée, sur l’orientation de la coopération prônée, sur le développement urbain envisagé, sur la politique étrangère souhaitée, sur la conception de la démocratie ambitionnée, etc. Tout est encore flou. C’est ainsi que l’on fait campagne en Haïti. On vend aux électeurs Suzanne qui se révélera, au final, un ananas.