En pleine crise de doute, la campagne électorale pour le second tour des élections est officiellement déclarée ouverte ce 26 novembre. Le candidat du pouvoir, ayant les yeux rivés sur le 27 décembre, multiplie déjà ses meetings. Quant à son concurrent officiel, il doit composer avec les sept autres candidats protestataires formant le G8, le président de la République et la communauté internationale, très influente dans les questions électorales dans le pays. Une énième manifestation ce jeudi a mis en garde Jude Célestin d’accepter d’aller au second tour avec le candidat du pouvoir. Ils sont toujours nombreux les protestataires à continuer de dénoncer les résultats de ces élections marquées par des cas de fraude et des irrégularités. En publiant mardi les résultats définitifs du premier tour de la présidentielle, le Conseil électoral provisoire (CEP) semble ne pas mesurer l’ampleur de cette crise. Quelques modifications ont été uniquement apportées au niveau du nombre de votes récoltés par les candidats (après vérification catastrophique de seulement 78 procès-verbaux sur 13 000) dans les résultats définitifs. Ayant fait cavalier seul, le parti Fanmi Lavalas, qui avait exercé un recours en BCEN, n’a pas obtenu gain de cause, même s'il a permis de démasquer le CEP. Nous nous retrouvons dans un flou électoral avec des groupements politiques disparates : ceux qui veulent conserver le pouvoir par tous les moyens ; ceux qui refusent catégoriquement d’accepter leur défaite (quelle défaite et quelle victoire s’il y a eu des fraudes massives ?) et ceux qui veulent évidemment profiter d’un éventuel chaos. Nous tournons en rond. Comme dans une République de coquins. Avec ces incessantes mobilisations de rue parfois réprimées par la police, la route conduisant au 27 décembre est bringuebalante. D’épais nuages se dressent à l’horizon. Michel Martelly a appelé au calme jeudi, demandant aux protestataires de prendre la voie légale. Laquelle ? BCEN ? CEP ? On connaît déjà les suites qui ont été données aux recours. Nous n’étions pas les seuls à avoir organisé des élections le 25 octobre, mais nous sommes probablement les seuls à nous chamailler encore à travers les rues, un mois après le déroulement du scrutin. Nous sommes probablement les seuls dont l’issue de ces élections reste floue en dépit du fait que la date d’un éventuel second tour soit déjà connue. L’Argentine a élu dimanche son nouveau chef d’Etat. Les résultats de la présidentielle au Guatemala – qui s’est déroulée le 25 octobre comme chez nous –, ont été tout de suite connus. Les Ivoiriens qui se sont déplacés également ce même 25 octobre pour élire leur président ont été informés des résultats trois jours après. En Haïti, l’avenir du processus électoral s’écrit plus que jamais en pointillés. L'option prise par le CEP de publier les résultats définitifs du premier tour du scrutin, malgré des fraudes massives constatées, est déjà connue. Encore une fois, on s’en remet malheureusement à la mobilisation de rue ou au recours à la communauté internationale. Ah ! La rue qui a fait les délices de René Préval en 2006, de Michel Martelly en 2010 et les déboires d’Aristide en 2003-2004, sans remonter à 1986 avec Jean-Claude Duvalier. La rue décide souvent la loi en Haïti. Avec la complicité, évidemment, de certains de nos « Grands amis ». Avec des institutions défaillantes, des politiques attachés au pouvoir et qui ne peuvent se surpasser au profit de l’intérêt collectif, sortir de ce cercle électoral vicieux n’est pas pour demain. Résultat : l'instabilité. Encore et encore.