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Opinions

Si seulement j´avais soixante-douze heures à vivre

AC
Alix Coicou (médecin- psychiatre).

May 4, 2020 · Lecture : 7 min

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Le fameux philosophe français Roger Pol-Droit publia, il y a 5 ans, un livre intitulé : ''Si seulement j'avais une heure de vie''. Je ne prétends, en aucune manière, émuler l'éminent penseur, un homme de cette stature intellectuelle, ce serait une vanité de ma part, un délire pour être plus exact. Le titre de l'oeuvre m'impacta, surtout parce que j'étais à la veille d'une importante intervention chirurgicale, qui, a posteriori se révéla très problématique, à cause des multiples complications qu'elle entraîna. J'étais très angoissé, voyant comment ma vie pourrait s'achever, circonstance que soulagea la femme qui se trouvait à mon chevet, mon couple d´alors, qui remplit un rôle très pertinent, admirable, caractérisé par son complet dévouement et son désintéressement ; une dame avec une estimable condition humaine, à qui je ne cesserai de manifester ma sincère gratitude.

Ces jours de pandémie qui ont occasioné une mortalité du Covid-19, la désolation de nombreuses familles, ou peut-être aussi les fluctuations de mon état d'âme, ont été probablement les motifs qui ont fait revenir à mon esprit ce livre, avec un titre aussi voyant que lugubre. Pour éviter toute velleité de comparer cet écrit avec celui de Pol-Droit, je décidai de substituer l'heure par soixante douze heures, c'est-à-dire trois jours. Omne Trinum perfectum, tout ce qui est trois, est parfait, dit la locution latine. Entre autres choses, durant trois jours, il existe une marge pour s'administrer et organiser le temps qu'il reste à vivre, bien qu'il soit également court. En réalité, ce n'est pas parce que je vais être de nouveau soumis à une nouvelle opération, ou que je sois dans l'immédiat condamné à mourir, mais plutôt pour l´intérêt que je porte à ce sujet et qui me pousse à élaborer quelques réflexions autour de la mort, un vocable maudit qui fait courir et effraie la majeure partie d'entre nous ; ce processus biologique auquel s'affronte inexorablement tout être humain, comme la conséquence d'une maladie, ou de causes naturelles dérivées de l'âge avancé, exceptions faites des morts prématurées survenues par un accident de circulation, aérien ou maritime, ou produit de catastrophes naturelles, d'un crime ou de n'importe quelle autre circonstance qui puisse m'échapper. Ah, j'oubliais le fait traumatisant de quelqu´un qui, volontairement ou délibérément, décide, pour une raison quelconque, de mettre fin à son existence. Mais il y a quelque chose de certain : ”La mort a des rigueurs à nulle autre pareille” avait écrit le poète français François de Malherbe. En ce moment, je me sentirais assailli par plusieurs questions et l'une d'elles serait si il y a une vie après la mort, il existe diverses théories sur le particulier et je ne suis pas un connaisseur en la matière. Par conséquent, je n´oserai pas émettre une opinion sur ce sujet.

La mort est vécue de différentes manières, selon les cultures. Je me souviens avoir vu, il ya des années, un film du défunt et fameux metteur en scène japonais, Akira Kurosawa, dans lequel la mort d'un vieillard, dans un village de son pays, était célébrée par la famille, et par l'entourage qui avait assisté aux funérailles et qui acccompagnait le cercueil au cimetière,en chantant et en dansant. C'était un évènement joyeux, quelque chose impensable et qui provoquerait un grand étonnement, et un manque de respect envers le mort dans notre culture. Dans la société occidentale, la mort est expérimentée comme une tragédie et on ne reçoit aucune instruction qui puisse nous guider su la manière d´aborder cette transe, qui tôt ou tard, nous frappe à tous. Elle n'est pas non plus conçue de la même manière dans des cultures, en principe, similaires. Dans mon pays, par exemple Haïti, les enfants à leur manière veillent aussi les morts et participent dans tous les rituels et cérémonies qui accompagnent le décès d´un être cher ou d´un parent, courant et jouant avec toute la simplicité et l´innocence qui sont propres à leur âge. Ce qui évidemment accoutume les enfants, à faire face depuis leur tendre enfance à un processus cruel, inintelligible, pour eux, mais qui les aidera, je crois, dans le futur à considérer cet évènement comme quelque chose de naturel, de consubstantiel, aidé  par les explications des parents qui d'habitude essaient d´adoucir la perte, qu'il s´agisse de parents, de grand-pères, de frères etc., Dans mon cas, quand décéda ma grand- mère maternelle, qui vivait avec nous, à peine j'avais 8 ou 9 ans, je me souviens qu´is me firent chercher de l´école.

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Je ne veux pas trop m'écarter du titre officiel de mon écrit qui est le suivant : Que ferais-je si, affligé d'un mal irréversible, j'avais seulement soixante douze heures à vivre ? Je confesse qu'il n'est pas facile d'élucubrer ou de répondre à cette question chargée de subtilités et d'émotivité. Ce serait des jours, j´imagine, de découragement, de tristesse et peut-être de difficile assimilation de ce fait inévitable. C'est un exercice intellectuel où se mélangent le philosophique et l'imaginaire, un fait hypothétique, mais parfaitement possible. Contrairement à la solitude dont souffrent de nos jours les malades moribonds de la pandémie, j'aimerais compter avec la présence de mes êtres les plus chers, entre lesquels, ma femme, compagne infatigable de mes peines, de mes nuits d'insomnie et de mes allégresses. Sincèrement, je crois qu´ils attireraient entièrement mon attention.

Éduqué dans la religion catholique de laquelle je me suis séparé pour mes divergences avec certains de ses dogmes, mais conservant son essence, mes parents m'inculquèrent des principes basés dans le catholicisme, qui ont été quelques-uns, les directives de ma vie. Je me souviendrais de certaines conversations que j'ai eues avec mon père, me relatant la façon de vivre de sa jeunesse, de comment il fit la connaissance de ma mère. D'humble condition sociale, ses manières étaient exquises. J'éprouvais un réel plaisir quand il se mettait à mes côtés pour étudier avec moi les leçons de l´histoire de notre pays. Je me rebellais parfois contre les visites qu'il m'obligeait à rendre à sa mère, ma grand-mère, à l'occasion des Fêtes de Noël et du Nouvel an, parce que je devais être costumé et cravaté. Du sévère sermon qu'il me donna quand il remarqua un jour ma gueule de bois. Défenseur acharné de la vérité, il rugissait avec force contre les hypocrisies. De mince corpulence, les femmes en cessaient de me vanter son beau visage, ce qui parfois me créait une saine envie. Que puis-je dire de plus de lui, qu'il était un peu susceptible ?

De ma mère, je garderais en mémoire sa douceur, son éternelle souffrance pour les années que je n´ai pas été avec elle, attendant avec une impatience, à peine contenue, et avec anxiété les vacances estivales, afin que nous puissions nous revoir; sa sensibilité à fleur de peau, son caractère sympathique, aimable, toujours disposée à élargir son cercle d´amitiés et à les soigner, ce que j´ai hérité d´elle. De l´attention soutenue qu´elle prodiguait à mes amis et des détails avec lesquels elle comblait ceux qui venaient à la maison à étudier ; Les Turenne, Piard, Sterlin, Lamarre et Coupet, ces chers condisciples avec lesquels j´ai partagés des moments d´une grande intensité émotionnelle.Enfin, je me souviendrais des plus de cinq cents lettres qu´elle m´a écrites, pleines de nostalgie.

Et que dire de ma soeur, Josette, qui toujours, contre vents et marées, m´a appuyé, me montrant sa compréhension, son savoir-faire et sa génerosité. Une personne avec un grand coeur que j´aime beaucoup, de même que ma nièce, son mari et mon petit- neveu.

De mes tantes Constance, Andrée, Marie- Lucie, aussi ma marraine, et des oncles Lucien et  Fritz, de mes appréciés cousins, particulièrement Colette et Axel, desquels je garderais un beau souvenir. Enfin, j'essaierais de m'en aller avec les séquences les plus positives de ma vie, quelques- unes passées dans mon déploré pays, regrettant ne pas avoir connu personnellement divers personnages de renom que j´admire profondément: Nelson Mandela, le premier président noir d'Afrique du Sud, une légende ; José Mugica, l'ex-chef d'État d'Uruguay, un homme conséquent avec ses idées ; John Joseph Magufuli, un grand homme d'État ; Michelle Bachelet, la distinguée dame ex-présidente de Chili ; Jane Goodall, l'extraordinaire primatologue anglaise ; Susan Sarandon, l'actrice et activiste américaine; Oliver Stone, le réputé directeur de ciné américain ; et Gregory Berns, l'excellent scientifique des amours canins”, etc. Sans oublier quelques amis. Ycompris viendrait dans mon souvenir la Vierge de la Rosée qui, selon l´une de mes patientes, fut celle qui me tira, il y a un lustre, des griffes de la mort,

Si des interprétations qu´on peut donner à cet écrit, quelqu´un le considètre comme un émouvant  hommage à mes parents et à ma famille en général, je me sens immensément satisfait.

  Séville (Espagne), le 3 mai 2020

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