État des lieux
L’idée selon laquelle il n’existe pas réellement un secteur intellectuel en Haïti est à notre avis infondée et ne correspond pas à la tradition culturelle du pays national. Il ne faut pas non plus confondre la pensée intellectuelle avec la pensée politique, même si elles sont intimement liées particulièrement dans la préparation et l’élaboration d’une bonne théorie politique qui convainc. Une élite politique, œuvrant sur le terrain de la pratique et aspirant à gouverner, rencontre toujours des impondérables et des difficultés ; or la politique est une suite interrompue de moments difficiles qui la portent parfois à changer de cap, au gré des conjonctures. Une élite intellectuelle est plutôt stable dont le socle est la raison, l’objectivité, la pensée critique et la connaissance scientifique dont elle enseigne dans les facultés au service de la communauté estudiantine. En principe, l’élite intellectuelle ne varie pas au risque de s’aliéner sa réputation ; sa nature de classe la porte parfois à préférer une doctrine qu’à une autre, mais cela ne lui ôte pas pour autant in fine sa culture et son art. Il est avéré que la plupart des femmes et des hommes de lettres appartiennent à une classe sociale soit par hérédité génétique, soit par cheminement ou par éducation.
A la rigueur on peut reprocher le secteur intellectuel haïtien de ne pas s’être assez organisé au plan structurel pour se constituer comme classe d’avant-garde, avec en appui ses productions littéraires, historiques et artistiques qui lui assurent de l’assise et de l’audience dans la société. L’existence même des Universités (publique et privée) prouve à plus d’un titre qu’il existe des femmes et des hommes qui possèdent un savoir intellectuel prodigieux et qui servent la cause des facultés, des décanats et des rectorats. Les Universités sont-elles mêmes le creuset de la population universitaire et académique du pays. Il nous semble cependant qu’il manque cruellement des critiques littéraires, des exégètes compétents et indépendants qui sont appelés à analyser la pertinence des œuvres produites, quelle qu’en soit la nature des sujets qu’elles traitent. Un problème crucial auquel les intéressés doivent se pencher et résoudre, aux fins d’encourager la production dans tous les domaines de la vie nationale. Loin de chercher à sous-estimer les valeurs dont la nation dispose, il faut plutôt poser la question suivante devant la conscience des uns et des autres : Pourquoi Haïti et son peuple sont-ils la risée du monde, en particulier de l’Occident ? Les faits, les vérités et les contrevérités méritent d’être connus, élaborés et étayés par des arguments pertinents ; que la conspiration du silence cesse une fois pour toute. Ce qui vient d’être dit forme l’esquisse qui va faire l’objet de la conclusion de notre contribution à la situation délétère que traverse le pays national actuellement.





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