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Opinions

Quand des groupes musicaux du Compas direct font chanter et danser l’histoire d’Haïti

HP
Hancy Pierre

October 10, 2025 · Lecture : 7 min

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Fanatiques du DP Express
Fanatiques du DP Express
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La musique est un art du moment. La musique comme médium fait écho à la réalité sociale. Tout se fait suivant le prisme dégagé par rapport à la sensibilité des musiciens et des musiciennes aussi bien qu’au regard des politiques culturelles. La conjoncture peut dicter les orientations dans les textes, les genres musicaux et les supports technologiques. Des thématiques sont variées d’une époque à une autre; cela est aussi valable pour les autres aspects évoqués. Citons l’exemple de la musique engagée qui a marqué certains moments saillants de l’histoire nationale, soit durant la période de l’occupation américaine par rapport à la promotion du genre de troubadour. La concurence du Zouk antillais au Compas direct après 1986 a incité à diversifier les tendances du Compas direct regroupées sous le label “Nouvelle Génération”.  Aussi dans les années 1980, le Compas direct était-il sensible aux problèmes sociaux et économiques, à l’affirmation de l’identité haïtienne et au passé historique de résistance du peuple haïtien. En effet, la référence au passé historique dans les contenus musicaux semble rencontrer les sensibilités des groupes musicaux en diaspora. Il y a lieu de faire ressortir la mobilisation de la communauté haïtienne de l’extérieur face aux dénigrements racistes à l’encontre des haïtiens, alors associés à la propagation du VIH Sida.

Sous l’effet de la crise des années 1973-1980, le retour aux sources est venu résonner et marquer les expressions culturelles et artistiques dans les recherches d’alternative. Nous nous rappelons la vague de la musique du Reggae dans le monde et, en même temps, le mouvement de la musique Racines a fait son chemin dans les communautés haïtiennes. Ainsi, des textes de la musique du Compas direct portent pour la plupart sur le problème de l’identité nationale, l’exploitation du peuple haïtien et les prouesses de nos héros de l’indépendance. Nous avons chanté aussi la vaillance et la hardiesse de nos ancêtres tant indiens, créoles et africains face aux colons qui ont accaparé nos richesses et exploité notre force de travail par le servage et l’esclavage. Nous ne cessons de dénoncer ces méfaits tout en notant nos luttes et résistances.

“Liberté, titre sorti en (1979) par le DP Express fait référence à des figures dans la mythologie haïtienne comme la déesse Damballah, la salvatrice dans le passage ( Damballah vin sove m). Les conditions difficiles de la traversée ont été relatées (yo fè nou travay di san yo pa konnen sa k tap tann nou). Les esclaves ont révolté et nous ont permis de reconquérir notre liberté. Ce qui est exprimé dans la séquence ci-après ( Esklav yo vin pa revolte, yo te trete nou kou bèt sovaj, libète yo tap chache e fin pa twouve l. Yo kap viv san zenkyetid ). Esklav te oblije chache libète pou nou menm pitit bondye kapab viv alèz (refrain), Dambalah a été évoqué dans le (refrain) (san ou m pa tap jwenn lavi). Les musiciens ont fait l’éloge de l’Afrique comme notre mère. 

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Le groupe DP Express allait suivre le même fil conducteur pour chanter et faire danser l’histoire d’Haïti. Cela se donne à voir dans l’album (anba anba ) paru en 1985, dont le titre “Négriers”(1985) a été révélateur pour décrire la traite négrière. Le texte a fait ressortir le sort de nos ancêtres dans leur parcours dans la captivité et les conditions inhumaines dans le transport au bord des navires lors de longs et houleux voyages. Il a fallu des tomes d’histoire pour rapporter les récits liés à l’esclavage, la colonisation et l’accumulation des richesses infâmes de la part des puissances traditionnelles converties de nos jours en imposteurs dans des rôles d’agent moral et civilisateur. 

Hounsi kanzo, adepte du vodou, c’est l’expression qui introduit le titre de “Négriers” (les négriers sont arrivés) et suivent les formules qui tiennent lieu à rapporter les conditions de vie des esclaves dans les plantations et malgré tout ils arrivèrent à lutter pour leur liberté. La cérémonie du Bois Caiman avait participé à renforcer l’engagement des esclaves dans leur quête de liberté. Reproduisons une séquence vivante de la chanson en question ( debake nèg nago,debake nan yon peyi nou pa konn pèsonn. Solèy poko leve nou koumanse plante tabak, mayi, koton, kanasik, endigo. Yo bliye si se frè nou yo ye. Nou rele lwa ginen e nou sèmante pou nou pran libète. Bwa kayiman nou te sèmante pou n te pran libète, nou rele lwa ginen yo, Nèg Nago, nèg ginen).

La musique a fait état d’une retrospective sur l’apport des figures qui ont marqué l’histoire de la libération nationale. Ces figures représentent alors des envoyés de Dieu ; ce qui se traduit dans les refrains suivants (Bondye voye Dessalines, Toussaint, Boukman, Pétion) .

La musique interpelle les haïtiens sur le sens des sacrifices consentis pour conquérir l’indépendance et, pour cette raison, il y a lieu d’honorer nos ancêtres. Pour illustrer ces propos nous reproduisons une séquence de la musique “Négriers”: (Endepandans pat fè nan yon sèl jou anpil san te koule rele papa legba ouvè baryè pou nou, yo te sèmante pou soti nan kòd, An nou di zansèt nou mèsi pou tout sakrifis yo fè pou nou).

Quant au groupe Bossa Combo (1979), sous le label de Mini Records, il a fait paraître le titre “Racines”. Le groupe a chanté l’Afrique et le parcours des négriers sortant d’Afrique au bord des bateaux, tous enchainés avec l’ensemble de la famille dans des conditions infâmes, sans nourriture durant la traversée.Ils allaient travailler dans les plantations sans repos jusqu’au soleil couchant .

Les refrains et les solos sont dansés et plugés par les gens. “Racines rappelle le cynisme et la cruauté des colons pour qui les '' bastonnades” étaient une plaisanterie. Aussi, ils ont noté que Boukman nous a cosncientisés et par la suite Dessalines nous a libérés.” Pour le drapeau, pour la patrie et pour nos frères mourir est beau”, ce crédo ne doit pas être entonné dans la monotonie mais la musique invite à une prise de conscience des déboires de nos ancêtres qui, jadis esclave, se sont sacrifiés pour nous libérer.

“Liberté, égalité, fraternité pour nos frères africains Dibouji, Zaire, Congo, Sénégal, Abidjan, Mozambique, Bangui, Cotonou, Jamaique, Trinidad,”cette séquence témoigne de la solidarité entre les nègres.

De plus la référence à la croix de Saint Jacques est très significative. En effet, Saint Jacques est une figure guerrière dans le vodou haïtien récupérée par voie du syncrétisme. ( Pa pile, pa pile kwa Sen Jak ). Le groupe fait un appel à un retour aux sources dans ( nou pa moun isit m prale Africa).

Le Skah Shah (America, Mini Records, 1982) ferme la ronde dans des prouesses de nos ancêtres qui ont contribué aux luttes de l’Indépendance des pays de l’Amérique dont les Etats-Unis lors de la bataille de Savanah. Le groupe a dénoncé l’exploitation associée à l’occupation américaine de 1915 qui est l’une des causes des malheurs du peuple haïtien. Tout cela a été évoqué dans la musique “America” qui relate que “Les haïtiens sont stigmatisés partout alors qu’ils sont de rudes et honnêtes travailleurs. Ils ont droit à la solidarité pour avoir contribué et aidé à la libération des peuples exploités dans le monde”. Des notes d’espoir retentissent pour qu’Haiti se redresse comme gadienne de la liberté : (Nou pap ka rete konsa tout tan, 2 pa chyen 2 pa chat, gras ak Dye n ap kenbe. Lè nou nan malè n ap mete jenou atè pou rele letènel pou l pote nou sekou). Il ne manque pas des invocations à Dieu, aux saints et aux loas dans une démarche oeucuménique pour garantir le rassemblement de tous les peuples exploités.

Nous concluons en soulignant le texte “Independence Chacha” du groupe Tabou Combo pour couronner toutes les luttes indépendantistes qui ont mené au 1er janvier 1804. Dans un style latin, les groupes musicaux du Compas direct raniment les grands moments de notre histoire nationale qui font notre fierté de peuple hardi et lutteur.

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